Vidéo-interprétation en langue des signes : du concept à la réalisation

Vidéo-interprétation en langue des signes : du concept à la réalisation

Depuis plusieurs années, le CETIC explore activement l’utilisation de technologies de vidéophonie à l’usage des personnes sourdes. Le CETIC a œuvré en tant qu’agent de transfert pour valider des solutions émergentes grand public, notamment développées par Belgacom, et les besoins des utilisateurs sourds. Ce travail s’est concrétisé en 2008 par la mise en place d’un service expérimental d’interprétation à distance en collaboration avec le service d’interprétation des sourds de Wallonie (SISW). Ce projet illustre parfaitement le rôle de catalyseur à l’adoption et adaptation de nouvelles technologies joué par le CETIC. Les technologies adoptées sont, par ailleurs, en voie de généralisation dans la cadre d’une plateforme eHealth.

Le temps des idées

Le CETIC est actif de longue date dans le domaine de l’accessibilité, cette collaboration a débuté en 2003 par une étude du domaine en termes de besoins en communications pour les personnes sourdes (plus particulièrement celles utilisant la langue des signes) et d’un état de l’art des réponses techniques. Au terme de cette première étude, l’absence de solutions abordables avait été identifiée : la communication par vidéo requérant à l’époque de coûteux équipements destinés aux grands comptes. A la suite de contacts avec Belgacom et France Télécom, il était apparu qu’une solution de visiophonie grand public était à l’étude et les besoins en la matière des personnes sourdes furent pris en compte dans le cadre de la plateforme eInclusion/eHealth générique de Belgacom.

Le temps des prototypes

Le CETIC s’impliqua par la suite dans la validation de plusieurs étapes de prototypage, notamment un premier déploiement avec la technologie H323 et du codec H263. Cette solution ne fut pas adoptée à cause du déclin de H323 et du manque de performance des codecs par rapport aux besoins important de fluidité et de résolution des vidéos pour l’usage de la langue des signes. Le choix se porta sur le protocole SIP, largement adopté à présent, et le codec H264 plus performant mais nécessitant un matériel plus performant. Un premier prototype restreint fut confié au CETIC notamment pour proposer une interface bilingue français/langue des signes et vérifier l’interopérabilité du matériel entre des configurations vidéophone, set-top-box et PC. Il fut suivi d’un second déploiement pilote basé sur du matériel plus performant.

Mise en place d’un service pilote

Par ailleurs, sur base de l’infrastructure émergeante, un service d’interprétation vidéo à distance fut mis en place en collaboration avec service d’interprétation des sourds de Wallonie (SISW) et financé par le Ministère des affaires sociales de la Région wallonne. Il implique une dizaine d’associations fréquentées par des personnes sourdes (Epée, FFSB, SSMS, SAHMO, Espace Sourd...), quelques privés et une commune (Frameries). Le centre permet aux sourds ayant accès au vidéophone de "téléphoner" avec des entendants via le recours à une interprète à distance. L’excellente qualité des communications vidéo permet, à présent, une véritable appropriation de l’outil par les sourds, leur entourage et les interprètes.

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Démonstration de vidéointerprétation.

Plusieurs obstacles tant techniques et organisationnels ont été identifiés lors de la phase pilote qui se termine ainsi que lors de plusieurs démonstrations grand public : le salon accès-cible et la journée mondiale des sourds 2008. Des solutions appropriées sont en voie d’élaboration, notamment pour la signalisation visuelle, les heures optimales de fonctionnement. Des extensions pour permettre des stratégies de dispatching plus complexe des appels ont également été identifiées.

Conclusions

En conclusion, ce domaine a été l’occasion de mener un transfert technologique complet, depuis l’identification d’un besoin, jusqu’au déploiement d’un service pré-commercial, en passant par diverses phases de mise aux points en lien avec les différents acteurs tant utilisateur que techniques. Plus largement la technologie sous-jacente est également largement similaire à celle utilisée pour le suivi à domicile de patients souffrant de troubles chroniques, un domaine que le CETIC explore activement.

Le système sera présenté officiellement lors d’une conférence de presse ce 2 décembre 2008. Voir notre brève.