Inter-opérabilité sémantique pour l’eHealth

Inter-opérabilité sémantique pour l’eHealth

L’informatisation du traitement des données médicales permet une amélioration des soins et une diminution des tâches administratives. Cependant, l’hétérogénéité des solutions existantes pour l’eHealth pose un problème double au niveau de leur inter-opérabilité. Double car il y a, d’une part, l’inter-opérabilité syntaxique qui assure qu’un message envoyé arrivera à destination et, d’autre part, l’inter-opérabilité sémantique qui assure que le sens du message envoyé sera correctement interprété.

A la confluence de plusieurs domaines

Le terme « eHealth », créé dans la foulée des multiples autres termes en « e » comme « eGouvernment », « eMaintenance » ou « eMail » , désigne davantage que la juxtaposition de « électronique » et « Santé ». En effet, l’informatique et l’Internet permettent non seulement de copier, stocker et transmettre efficacement des données mais de plus en plus d’extraire, manipuler et transmettre le sens de ces données. On parle ainsi du Web Sémantique pour nommer l’ensemble des concepts et des techniques qui permettent d’automatiser ces tâches en favorisant les échanges entre systèmes informatiques sans intervention humaine. Le sens des données est essentiel pour le domaine de la santé, c’est pourquoi l’eHealth est aujourd’hui le lieu privilégié des travaux dans le domaine du Traitement Sémantique de l’Information. L’un de ces travaux concerne l’obtention de l’inter-opérabilité sémantique pour les données médicales. Il s’agit de faire en sorte que les différences de langue et de culture, mais également de choix techniques, ne conduisent pas à des impossibilités d’utiliser des données existantes ou à des erreurs médicales.

Illustration 1 : pyramide d'inter-opérabilité

Deux cas d’application de l’inter-opérabilité sémantique : Glycémie et Indice de Masse Corporelle

La question de l’interopérabilité sémantique pour le eHealth fait intervenir un grand nombre de notions, c’est pourquoi il est intéressant de prendre deux exemples concrets :

Tout d’abord, le cas d’un laboratoire réalisant des dosages de glycémie et qui fait appel à un prestataire de services pour réaliser un traitement simple, comme la comparaison entre un dosage effectué et la norme utilisée dans ce domaine. Syntaxiquement, le prestataire sera capable de fournir une réponse à partir du moment où il reçoit un nombre. Le laboratoire et le prestataire ont, donc, eu besoin de convenir de quelle unité sera utilisée pour le dosage (des mmol/L ou des g/L) transmis. Cette étape peut être automatisée en utilisant des services et des données sémantisées. Dans cet exemple, le laboratoire pourrait ajouter aux données transmises une description du format et de l’unité utilisée, et le prestataire ajouter à son service de traitement de l’information des règles supplémentaires pour prendre en compte les différentes unités en usage dans le domaine. Le laboratoire et le prestataire en appliquant cette méthode à l’ensemble de leurs données et services, en se donnant les moyens d’une inter-opérabilité sémantique, gagneraient en rapidité pour l’établissement d’un contrat et en flexibilité face à la diversité des offres et demandes de service.

Le deuxième exemple prend en compte l’amélioration de la mobilité des individus à travers le monde. Un patient belge parti vivre aux Etats-Unis souhaite continuer à avoir son dossier médical revu par un médecin belge. Or, il n’est pas exigible de tout médecin belge d’avoir une maîtrise des termes et cultures anglo-saxons. L’inter-opérabilité sémantique consiste, ici, à fournir des outils permettant d’établir de manière automatique la traduction de bilans de santé d’une langue et d’une culture à l’autre. Par exemple, d’une part la traduction automatique de « Body Mass Index » (BMI) en « Indice de Masse Corporelle » (IMC) et d’autre part trouver automatiquement l’équivalent de la norme américaine de BMI en Belgique pour l’IMC.

Illustration 2 : Inter-opérabilité sémantiqueinspiré de P. Brown

Un domaine techniquement complexe

Le W3C a une composante dédiée au Web Sémantique dans laquelle sont définies des recommandations techniques pour implémenter ces solutions : représentation des connaissances avec RDF ( Resource Description Framework), ontologies avec OWL (Web Ontology Language), description des services avec SOAP (Simple Object Access Protocol). Le WSMO group ( Web Service Modeling Ontology) construit, au niveau européen, un standard pour la description de services web sémantiques. En Wallonie le Réseau Santé Wallon définit et met en place des outils de description et de transmission des dossiers patients dans le format KMEHR.

Illustration 3 : Pile des outils du Web Sémantique (origine : www.w3.org)

Le CETIC s’empare de ces problématiques

L’inter-opérabilité sémantique est une étape nécessaire dans la constitution d’un système d’information médicale décentralisé et multi-acteurs qui laisse la liberté des solutions techniques. Pour cela, il faut utiliser des services et des données enrichie d’un point de vue sémantique. Le CETIC a mis en place une équipe dédiée au Traitement Sémantique de l’Information, dans lequel sont exploités les concepts et techniques du web sémantique. Cette équipe travaille actuellement à la "sémantisation" des données issues des intranets et de l’internet en développant une suite d’outils comprenant un extracteur d’information d’internet ou d’intranet, un système de fichier ainsi qu’un système d’indexation sémantique de documents.

Dans le domaine eHealth le CETIC dispose d’une expérience concrète en tant que responsable des développements techniques du projet européen OLDES dont l’objectif est d’améliorer la qualité de vie des personnes âgées à leur domicile en développant une plate-forme électronique d’aide aux soins qui soit économique et adaptée aux besoins spécifiques de personnes âgées.

Le CETIC compte renforcer son activité à court terme via le démarrage d’une projet eHealth wallon dont il est le chef de file associant des acteurs clefs de ce domaine en Wallonie et dans lequel sera développé une plateforme eHealth. Entre autres, celle-ci proposera aux fournisseurs de services eHealth d’y déployer leurs services web. La composante sémantique (données et description des services) permettra d’assurer l’inter-opérabilité sémantique et ainsi d’automatiser une partie de la composition des ces services.

Joseph Roumier